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Le social-libéralisme à l'oeuvre

07/02/2013
Le sujet a quitté la une de l'actualité avec l'intervention française au Mali, la prise d'otages en Algérie ou les intempéries. Le 11 janvier dernier le MEDEF signait un Accord national interprofessionnel (ANI) avec trois syndicats (CFDT, CFTC et CGC) représentant seulement 38% des voix exprimées lors de dernières élections prud'homales dans l'Etat français.

Jakes Bortairu

Qualifié d'historique par de nombreux commentateurs et défendu comme un modèle de relations sociales modernes par le gouvernement, il devrait être présenté au débat parlementaire dans les mois qui viennent. Ce même gouvernement socialiste a lancé une injonction aux députés et sénateurs de la majorité présidentielle (PS et EELV) afin qu'ils entérinent le texte en l'état.

La «sécurisation de l'emploi» serait donc l'objectif recherché. Comme souvent les mots sont là pour jeter un écran de fumée sur la réalité des faits. En l'occurrence seuls les profits sont sécurisés. Et l'on retrouve en filigrane dans cet accord l'esprit des réformes imposées par la funeste troïka (Banque centrale européenne, Commission européenne et FMI) en Grèce, en Italie ou en Espagne: baisse des salaires par la généralisation du chômage partiel en cas de baisse d'activité, sans indemnité de chômage, facilitation des mobilités forcées et des licenciements en cas de refus, prédominance de l'accord d'entreprise sur l'accord de branche et sur la loi. En bref une flexibilité accrue imposée au monde du travail. Particulièrement pernicieuse est la priorité donnée au contrat sur la loi. Cela peut paraître moderne, souple et pragmatique mais en ces temps de crise et de chômage de masse, qui peut croire que le rapport de forces soit globalement favorable aux travailleurs face aux détenteurs du capital et plus concrètement, que dans chaque entreprise et particulièrement les plus petites ce ne sont pas les salariés qui en sortiront perdants? Les lois sociales, le code du travail, incarnations de nombreuses luttes passées représentent des garde-fous contre la logique du système capitaliste. Le contrat, l'accord d'entreprise entre «partenaires» sociaux de forces inégales va tirer vers le bas, d'abord les plus faibles, puis dégrader à terme la situation de tous. Ce dispositif de l'ANI (baisse de l'activité entrainant une baisse du temps de travail et du salaire) est une machine à fabriquer des travailleurs pauvres (déjà plus de 8 % des ouvriers et 10 % des employés dans l'Etat français), tendance lourde de la phase néolibérale du capitalisme. La recette appliquée en Allemagne, «modèle» dont on nous rebat les oreilles à longueur de JT, a fait ses preuves: le pourcentage de travailleurs pauvres a pratiquement doublé entre 2005 et 2010. Au niveau macro-économique, cela implique consommation plus faible, baisse d'activité et récession. Contradiction structurelle du capitalisme mise en exergue par la crise actuelle où l'avidité de chaque détenteur de capital à maximiser son profit limite les revenus du plus grand nombre, empêche donc à terme les produits de se vendre et la machine de fonctionner.

Autre point de cet ANI présenté comme une avancée, la couverture complémentaire de santé ne vient en fait que pallier aux reculs incessants des remboursements des dépenses courantes par la Sécurité sociale. Une avancée qui vient freiner un grand recul en somme. Et surtout un magot alléchant en perspective pour les compagnies d'assurance comme le décode Gérard Filoche en parlant de «contrats AXA». Le MEDEF a une conscience de classe très aiguisée et sait très bien pour qui et pour quoi il signe des accords.

Cet accord est symptomatique d'une politique, le social-libéralisme qui reste la ligne de conduite du gouvernement socialiste. Certes le PS n'est pas monolithique mais de Traité budgétaire européen entérinant l'austérité en «Pacte de compétitivité» accordant des cadeaux fiscaux au patronat, en passant par une loi bancaire bien loin des promesses de Hollande et qui permettra aux banques grosso-modo de continuer leur «business as usual», sans oublier les grands projets utiles uniquement aux grandes entreprise du BTP (LGV, NDDL, Lyon-Turin...), le fil rouge est devenu un câble!