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Elections présidentielles dans l’Etat français

24/05/2012
Tetx Etcheverry, Alda! 2012-05-17 / Comme on pouvait s'y attendre, l'é- lection présidentielle qui vient de se dérouler a été une dure sanc- tion pour Nicolas Sarkozy. Plus qu'une jou- te électorale classique, cette élection était également la bataille attendue du large mouvement social qui avait défendu la retraite à 60 ans tout au long de l'année 2010. Ayant perdu dans la rue et dans les entreprises ce combat-là, il comptait bien prendre sa revanche dans les urnes. Celui qui était devenu aux yeux du plus grand nombre le Président des cadeaux faits aux riches et des mauvais coups portés aux plus vulnérables a donc été "dégagé".

Txetx

Bayonne, un épisode annonciateur

Dès sa visite en Pays Basque le 1 er mars dernier, on pouvait voir réunis tous les ingrédients de cette défaite annoncée :

✔ un Président qui avait tellement aiguisé les tensions au sein de la société qu'il réussissait par sa seule présence à cristalliser et à coordonner toutes les ran- coeurs et les révoltes ;

✔ un staff de campagne coupé des réa- lités qui choisissait d'improviser -au len- demain de la visite réussie de François Hollande au Salon de l'agriculture- un "coup de com" dans une "sous-préfecture de province avec une forte identité de terroir" en oubliant qu'elle se trouvait dans un Pays Basque qui sait se mobiliser rapidement et avec détermination quand il le faut ; un staff qui sous-estimait tellement l'impopularité de Nicolas Sarkozy qu'il en vint à proposer une stratégie de "bain de foule" direct en plein centre ancien de Bayonne ;

✔ un Nicolas Sarkozy qui dans sa vulgari- té habituelle répondait devant les caméras "Oui, mais moi, j'ai pas 40 hectares, ok ?" à des paysans -pourtant de droite- qui lui expliquaient leurs problèmes de revenus agricoles. Un Nicolas Sarkozy qui dans sa violence habituelle -tellement loin des règles de démocratie apaisée professées par Max Brisson-traitait de voyous et de terro- ristes des gens qui n'avaient fait que lui crier leur colère, qui ne faisaient que porter des revendications démocratiques basiques

Les évènements de Bayonne, aux côtés de beaucoup d'autres séquences, met- taient en scène cet affrontement entre une population vivant de plus en plus durement la remise en question de ses acquis sociaux et les menaces pesant sur elle du fait de la crise économique et éner- gétique, et ce Président méprisant cette même population, ce Président diviseur et aguisant les tensions, ce Président par- tie prenante intégrale du camp des riches et des profiteurs de la crise.

Avec évidemment en plus ici le ras-le- bol des promesses non tenues face au Pays et à la langue basque, cette exaspé- ration grandissante face au refus de don- ner une existence institutionnelle minimale au Pays Basque Nord.

De sombres perspectives

Le second élément marquant de ces élec- tions aura été les 18% obtenus -dans un contexte de forte participation électorale- par Marine Le Pen du parti d'extrème- droite Front National, pour sa première candidature à l'élection présidentielle. Fort de ses 6,5 millions de voix et sur- tout d'une stratégie déterminée et cohé- rente de conquête du pouvoir et d'un contexte européen plutôt favorable à ce type de courants, le Front National risque de constituer désormais un problème bien plus sérieux que du temps de Jean- Marie Le Pen.

La stratégie froide et gagnante des mégretistes alliée à un indéniable charis- me et un grand savoir-faire en matière de communication de la nouvelle chef, le tra- vail militant dans les quartiers les plus populaires ou les coins les plus reculés des campagnes françaises, l'attrait grandissant auprès des jeunes, donnent un coktail qui promet un certain nombre de victoires inquiétantes, dans les temps à venir.

De plus en plus de pouvoir exigé par la “droite populaire”

Même s'il y aura sans doute une nette déperdition de voix aux législatives, moins favorables au FN que la présidentielle, son maintien possible au second tour dans nombre de circonscriptions a de quoi inquiéter fortement l'UMP, qui sort déjà fragilisée de la défaite de Nicolas Sarkozy, et qui va être secouée par les batailles entre prétendants à la succession de ce dernier. En effet, le maintien des candidats Front National peut provoquer la défaite des candidats de droite face à ceux de la gauche et le secteur le plus réactionnaire de l'UMP, dénommé "droite populaire" exi- gera de plus en plus de pouvoir faire des accords électoraux avec le Front National, aggravant ainsi le climat de division qui règnera au sein de la droite classique.

Défaite morale et défaite politique

C'est là toute la stratégie du Front Natio- nal, qui espère bien faire imploser l'UMP, afin de permettre des rapprochements au sein d'une droite dure dont il serait la composante dominante.

Il pourrait dès lors compter sur l'exas- pération des couches populaires après un ou deux ans de gouvernement socialiste résigné devant les marchés et menant une politique libérale et des plans d'aus- terité pour continuer sa progression dans sa marche déterminée vers le pouvoir.

La campagne électorale entre les deux tours n'aura pas seulement constitué une première victoire pour le Front National, Nicolas Sarkozy focalisant toute sa cam- pagne contre les immigrés afin d'attirer à lui au second tour le maximum d'élec- teurs de Marine Le Pen.

Ce faisant, Sarkozy a encore plus "nor- malisé" le FN et le fait de pouvoir voter pour ses thèses, sciant encore un peu plus la branche sur laquelle l'UMP est assise. Comme le dit Henri Guaino, "la défaite morale précède toujours la défaite poli- tique, et elle l'entraîne".

Lourde responsabilité reposant sur le nouveau gouvernement

Une lourde responsabilité repose désor- mais sur le nouveau gouvernement PS. Si lui aussi choisit la finance contre le peuple, la dictature des marchés contre la justice sociale, la fuite en avant dans ce modèle écologiquement insoutenable au lieu d'une anticipation planifiée de la cri- se énergétique et environnementale, il fera le lit de cette nouvelle extrème-droi- te, et jettera dans ses bras couches popu- laires et classes moyennes.

Face à nos responsabilités

Mais la même responsabilité devrait être ressentie par la gauche du PS, le camp écologiste et localement par le mouve- ment abertzale.

Il nous faut nous poser les vraies ques- tions sur l'efficacité de notre travail, de nos organisations, de nos stratégies, sur la pertinence de nos discours et de nos programmes.

Le fait de voir comment en trente ans l'extrème-droite s'est inexorablement construite pendant que le camp anti-capi- taliste piétinait ou reculait doit nous inter- peller sur nos méthodes de travail, sur ce travail lui-même, sur certaines habitudes militantes, sur notre communication, et sur beaucoup d'autres choses encore.

Plus que jamais, nous avons un devoir de résultats.